Cet article sur la transition professionnelle fait suite à une intervention au sein de l’association In’coach qui me demandait de témoigner sur le thème de : « Y a-t-il une vie après le coaching interne ? » Pour réussir sa transition professionnelle et construire une nouvelle identité professionnelle, j’ai identifié trois étapes à connaitre et à traverser : le deuil, l’ambition et la réalisation. Pour illustrer mes propos, je me suis inspirée de mes propres observations et des transitions professionnelles que j’accompagne en utilisant notamment les parcours et les récits de trois personnes :
- Inès : jeune diplômée de master en ressources humaines entrant dans la vie active
- Sarah : en reconversion professionnelle après avoir été assistante pendant vingt ans et après avoir été reconnue depuis peu comme travailleur handicapé (maladie invisible)
- Christophe : en création d’entreprise suite à une rupture conventionnelle et trente ans d’expérience dans l’industrie
Le deuil
Quand nous parlons de transition professionnelle, il est question d’évolution et de changement. Il s’agit de passer d’une situation A à une situation B. La transition peut être : soit naturelle quand on commence à travailler, quand on reprend le travail suite à une maternité, un congé sabbatique, etc. ; soit choisie dans le cas d’une promotion, d’un changement de job, de secteur ou d’entreprise, d’un déménagement, etc. ; soit subie suite à un licenciement, un burn-out, un reclassement, une maladie invalidante, etc. Dans toutes ces situations, il y a un « avant » et un « après ».
Tout processus de changement implique des étapes incontournables dont les durées varient selon les personnes et les circonstances. Une de ces étapes est particulièrement désagréable : elle génère mal-être, malaise, désorientation, manque de repères… Or, plus on est attentif à ce qui se passe pour nous à ce moment-là, plus le changement se révèle facile. Il est alors nécessaire de s’écouter et d’accueillir ses émotions : Qu’est-ce je ressens à ce moment précis ? Est-ce de la colère, de la tristesse, de la peur ? Qui, quoi, comment, quand ?… Il s’agit de « faire son deuil » : digérer le passé pour passer à autre chose. Nous avons l’irrésistible besoin de donner du sens au changement pour affronter l’inconnu.
Le secret du changement consiste à concentrer son énergie pour créer du nouveau, et non pas pour se battre contre l’ancien.
Dan Millman, sportif et écrivain américain
Avant de se concentrer sur le nouveau, prenons le temps de faire le bilan : de ses années d’études pour qui entre dans la vie active ; de l’ensemble de son parcours professionnel pour qui souhaite effectuer une reconversion ou entreprendre pour la première fois ; de sa dernière expérience professionnelle ou personnelle douloureuse pour qui a vécu un licenciement, un burnout, une maladie, etc. Faire le bilan signifie affronter certaines vérités : Qu’ai-je aimé ou non ? Qu’ai-je développé comme compétences et qualités ? Qu’ai-je appris sur moi ?… Faire le bilan, c’est aussi identifier les bagages trop lourds à porter, ceux qui encombrent et qu’il faut laisser derrière soi ; c’est savoir retirer les leçons de nos difficultés ; c’est aussi identifier nos forces, nos réussites, nos envies et de les garder avec soi. Avant de changer de garde-robe, il convient de faire le point : Quels sont les vêtements qui me vont encore et ceux qui ne me vont plus ? Quelles chaussures ai-je encore envie de porter ? Quels sont les accessoires que je n’aime plus ?… « Passer à autre chose » implique d’aborder l’étape nécessaire du deuil — sans quoi celle-ci risque de revenir nous perturber par la suite sous forme d’échecs qui se répètent, de perte de confiance en soi, de sentiment de ne pas être à sa place, etc.
- Pour Sarah, faire le deuil a été de reconnaitre et d’accepter ses nouvelles limites en termes de durée de travail suite au diagnostic de sa maladie invalidante.
- Pour Christophe, faire le deuil, c’est accepter ce départ dans son corps et dans sa tête, même s’il n’y a consenti que suite à la suppression de son poste. Il est important de partir dignement d’un poste, d’une entreprise. Et de voir ce départ comme une opportunité de changement — et non comme un échec ou une punition.
- Faire le deuil pour Inès, notre jeune diplômée, c’est de faire le point sur ce qu’on a développé et aussi de reconnaitre et d’accepter d’avoir des compétences qui nous restent à développer.
L’ambition
Après avoir fait le tri dans votre garde-robe, vous commencez à faire du shopping pour repérer les vêtements qui vous attirent et faire des essayages. Il s’agit de faire du repérage dans le cadre d’une nouvelle identité professionnelle, de se connecter à vos envies, vos passions, des souhaits anciens jamais réalisés, des rêves… Pour le jeune diplômé, il s’agit de définir : Quel est mon objectif professionnel ? Quelles sont les activités que j’aime le plus et que j’ai envie de faire ? Quel est le secteur qui m’attire, dans quel type d’environnement, dans quelle ville, dans quel pays, à quel poste ? Quel costume, quelle robe, quelle chemise ai-je envie de porter ? ; pour qui est en reconversion professionnelle ou qui fait face à une rupture professionnelle : Quelle nouvelle orientation ? Quel sens ai-je envie de donner à ma vie professionnelle ? Quels sont les activités, les loisirs, les passions, les rêves que j’ai mis de côté pendant toutes ces années ? Quelle couleur n’ai-jes jamais osé porter jusqu’ici et quelle est celle que j’aimerais oser ? Quels sont les ingrédients que j’ai envie de mettre dans ma nouvelle activité ? Quelle est ma singularité ?… Ne cherchez pas à rentrer dans le moule que d’autres ont pensé pour vous : c’est contre-productif et ça ne marche pas — ou rarement à long terme. Faites-vous plaisir : créez votre propre recette.
Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie.
Confucius
L’ambition est une étape très confrontante, car il s’agit de prendre ses responsabilités pour éviter que d’autres ne décident à votre place, ne choisissent et vous dictent ce qui est bon pour vous. Qui suis-je ? Qu’ai-je envie de faire ? Quels sont mes bagages, mes ressources ? Reconnaissez, assumez et affirmez votre singularité. Et si c’était le moment pour vous de créer votre propre activité ?
L’ambition est un rêve avec un moteur à injection.
Elvis Presley
Il y a un moment décisif dans cette étape, un déclic ou un instant de bascule qui crée une ouverture inattendue. C’est le switch : une étincelle jaillit. Le switch, c’est quand vous changez de posture ou de costume. Switcher, c’est porter un nouveau costume et le porter avec aisance. C’est aussi développer un nouveau pitch, une nouvelle manière de se présenter, de se comporter, de se positionner ; un langage, des mots, des attitudes, une réflexion adaptée à ce nouveau rôle, à cette nouvelle identité. Pitcher, pitcher et pitcher encore, voici ce qui vous permettra d’endosser votre nouveau costume et d’avancer doucement et sûrement vers une évidence, une nouvelle cohérence. Soyez cette harmonie.
C’est une belle harmonie quand le dire et le faire vont ensemble.
Montaigne
- C’est ce moment où Inès, notre jeune diplômée, passe du statut de stagiaire en alternance à responsable des ressources humaines. Elle a troqué son ancien costume pour porter le nouveau. Dans ses entretiens, elle parle, agit et répond en tant que futur responsable RH, et non plus en tant que stagiaire qui ne sait pas.
- C’est ce moment où notre ancienne assistante, qui a décidé de devenir thérapeute pour enfants, échange ses outils bureautiques pour s’approprier de nouvelles techniques : séance individuelle, atelier collectif, pratique du yoga et de l’attention, etc. Vous adoptez les accessoires adaptés à votre nouvelle garde-robe.
- C’est ce moment où Christophe, notre ancien cadre industriel, endosse son nouveau costume d’entrepreneur. Il en adopte l’état d’esprit, les réflexes, les nouvelles casquettes et responsabilités. C’est qui, le patron ?
La réalisation
Un objectif ne suffit pas pour voyager. Encore faut-il se mettre en route.
Florence Servan Schreiber
Quand vous avez défini votre nouvel objectif et votre nouvelle identité, que vous faut-il pour vous mettre en route et avancer ? Une vision. Ceci est le point commun qui réunit les grands leaders et les personnes les plus heureuses. La vision est une direction : c’est savoir où on va ; avoir un objectif de vie professionnelle ; se visualiser dans un idéal. La visualisation vous vous donne accès à votre imaginaire… À deux, cinq ou dix ans, que voyez-vous autour de vous ? À quel endroit et comment êtes-vous ? Que portez-vous ? À quoi pensez-vous, que faites-vous, que dites-vous, que ressentez-vous ? Quelle est cette nouvelle personne qui est vous ? Et quand vous regardez en arrière, qu’avez-vous fait pour en arriver là ?
Les réponses à ces questions vous aident à identifier le chemin à prendre et les étapes qui vous permettent d’y accéder. La visualisation qui vous projette dans un demain vous aide à prendre les bonnes décisions aujourd’hui, en définissant les compétences professionnelles et les qualités à développer. Ainsi, pour un jeune diplômé ou un salarié en reconversion, il s’agit de définir : Quel parcours va me permettre d’avancer vers cet idéal ? Quel secteur, quelle entreprise viser ? Quels postes ou missions vais-je privilégier pour arriver à mon idéal ? Entre deux ou trois opportunités laquelle choisir, laquelle me rapproche de mon idéal ? ; pour un créateur d’entreprise : Quelle stratégie de communication vais-je adopter ? Quel statut d’entrepreneur vais-je choisir ? De qui vais-je m’entourer ? Quelle posture dois-je développer ou quel partenariat vais-je développer pour occuper pleinement mon rôle ?
- C’est cette visualisation qui a permis à notre jeune diplômé de voir précisément ce quelle voulait faire au quotidien et les activités qui étaient essentielles dans son futur job. C’est ce qui lui permit de choisir son premier job parmi trois propositions et d’être capable de répondre par la négative quand on la contactait pour de nouvelles opportunités.
- C’est cette visualisation qui a permis à notre salarié en reconversion de voir le public qu’elle voulait accompagner, à savoir des enfants de 3 à 10 ans très précisément, en séances individuelles (et non en groupe), entourée et partenaire de professionnels de l’enfance. C’est ainsi qu’elle a pu présenter, auprès d’un public de directrices d’écoles et de jeunes parents, ses nouveaux services et qu’elle a réussi à décrocher ses premiers accompagnements.
- C’est cette visualisation qui a permis à notre freelance de se voir faire des accompagnements collectifs et d’équipes, en s’adressant à des directeurs opérationnels de structures de 50 à 1000 collaborateurs, optant pour l’excellence opérationnelle et l’optimisation de la gestion des flux financiers et humains. Cela lui a permis de s’inscrire à des conférences et des séminaires pour compléter son expertise.
Évidemment, nous avons le droit de faire des choix autres que ceux qui nous mènent vers cet idéal ou cette vision, comme des choix instinctifs ou guidés par le plaisir. Ce qui est essentiel, c’est de choisir en conscience : le choix que je fais est ou n’est pas en lien avec mon idéal ou ma vision. Cette conscience fait toute la différence. Nous sommes et restons ainsi responsables de nos choix, de notre chemin, de notre but, de notre destinée. Et c’est la vision qui nous permet d’ajuster notre costume quotidiennement, jusqu’à trouver la bonne taille, la bonne couleur, la bonne coupe… Et si je n’arrive pas à être comblé complètement dans mon activité principale, je peux développer une autre activité en parallèle, je peux faire du bénévolat ou je peux également réserver du temps pour nourrir mes passions.
Le but de la vie est le développement personnel. Parvenir à une parfaite réalisation de sa nature, c’est pour cela que nous sommes tous ici.
Oscar Wilde
Dans cet article, à travers l’illustration de trois parcours différents, je vous ai présenté les trois étapes essentielles à traverser (le deuil, l’ambition et la réalisation) et le switch : plus qu’une étape, il est un état d’être, un déplacement de soi, un dépassement au service de sa transition. Sans ce switch, la transformation ne sera pas complète. Ce moment-là, on le vit, on le ressent à l’intérieur de soi. Dans la construction d’une nouvelle identité professionnelle, il faut se laisser du temps, dans la mesure du possible, et revoir ses exigences. Je vous souhaite une très belle réalisation professionnelle et personnelle.
Si vous avez une grande ambition, faites le plus grand pas possible dans le sens de sa réalisation. Si c’est un tout petit pas, ne vous inquiétez pas, car c’est probablement le plus grand qu’il vous est possible de faire pour le moment.
Mildred Mc Afee, première universitaire américaine à recevoir une distinction militaire


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